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-- 1ère partie écrite par Renaud -- Lundi 31 juillet. Olivier ne répond plus au téléphone. C'est qu'il est parti, l'ami. Parti pour un grand arc de cercle avec son spad, de Trieste à Monaco, pour un trajet biscornu d'au moins trois semaines qui emprunte les beaux sentiers de la Via Alpina . Ses amis l'ont laissé tomber, pas de souci, il est quand même parti...
Les nouvelles jour après jour par SMS, s'il résiste aux 40% de portage qui l'attendent sur l'itinéraire !
Vendredi 4 août. "J'ai perdu ma boîte à savon. Il fait un temps de merde, je suis trempé jusqu'au fond du slip. Il faisait 37 il y a 4 jours !" Samedi 5 août. "Au top, petite trentaine de bornes sous un soleil bien agréable dans un paysage ressemblant au haut-Var, des vignes et des vallons, du soleil et des spaghetti. Petit pause dans une trattoria puis j'y retourne." Dimanche 6 août. Petit bout de récit par mail avec une connexion internet préhistorique "Le 3 août, il faisait beau à Milan. Le train à destination de Trieste est arrivé avec 10 minutes de retard en gare centrale de Milan. A 22 heures je suis finalement à Trieste 40 minutes apès l’horaire prévu, pas si mal. Petit tour en ville et direction l’auberge de jeunesse que j’avais repérée de France, une dizaine de bornes vers le chateau Miramare. Les 14 euros la nuitée m’ont valu un sommeil mouvementé, dans une chambre de 6 dont un indien sans plumes ronfleur et puant des pieds. L’orage avait grondé toute la nuit, et au matin il ne s’était toujours pas calmé. Les 40 kilomètres qui me séparaient de Gorizia se sont fait sous la pluie à vive allure et sur de l'asphalte. Les indigènes attendaient cette pluie depuis longtemps, moi je la maudissais. A 13 heures je m’enregistre dans le premier hôtel de Gorizia pour une nuit à 38 euros mais au sec. La ville est coupée en deux par la frontiere slovène, elle est charmante même sous la pluie, à la fois latine et autrichienne. Les filles sont belles aux cheveux souvent blonds et aux yeux clairs. Ma chambre est une double… je passerai la nuit seul. [NDLR: celle là on va y avoir droit plusieurs fois...] Je repars le 5 août avec des affaires propres et sèches. Mais mon sac que je n’ai pas lavé a lui comme rétréci durant la nuit, malgré la place gagnée par l’oubli de la boîte à savon de Renaud je dois faire preuve d’ingéniosité pour tout faire rentrer. Je paie ma nuit à la sympathique taulière, un bon quintal de gentillesse limitée seulement au crédit de sa caisse. Le temps est beau et pas trop chaud, je prends la direction de Cividale par de petits sentiers bien cyclables, c’est loin d’être la route la plus directe mais tellement plus agréable. 70 kilomètres plus tard je suis à Cividale , encore une superbe ville moyenageuse o l’on vend de très très bonnes glaces. Ce sera trois boules pour moi. Je pousse encore un peu plus loin jusqu’a San Pietro di Natisione, le Natisione est la rivière qui y coule, j’y trouve une chambre pas cher. Aujourd'hui je monte par la route à Stupizzia où je décide d’attaquer le sentier pour Montefossa, le portage durera 1h30. A Montefossa on me conseille un sentier pour Montemaggiore et un aggitourismo 5 kilomètres plus loin, je m’y régale pour un prix assez raisonnable. Calé, je remonte et ça monte puis ça redescend et ça remonte, et je suis à Montemaggiore. " Lundi 7 août. Que 3 biscottes et un café dans le ventre, le patron était pressé des courses a Udine l’attendaient, j’enfourche et suis l’itinéraire repéré la veille. Il trace à travers bois par un bon sentier carrossable qui descend en pente tantôt raide sur le village de Monteaperta. Plus un sous en poche je cherche en vain un Bancomat, des locaux me disent qu’il faut redescendre en vallée… 15 minutes pour descendre 2 heures pour remonter. L’amour de mon vélo et l’eau fraiche de la montagne feront l’affaire. Risutta est encore loin et pour l’atteindre il me faut franchir la punta di Montemaggiore qui domine la vallée de ses 1700 mètres, un sentier muletier permet aux randonneurs d’y accéder les vététistes pousseront à la montée et à la descente mais le paysage est magnifique, le ciel s’ouvre au moment même où j’atteins le sommet. Cette montée a épuisé ma petite réserve d’eau, mais un peu en contre bas du sommet, un ancien hôpital militaire transformé en refuge, dispose d’une réserve d’eau salvatrice. La descente se fait tantôt en poussant tantôt en portant, j’ai comme l’impression de promener Médor. Au Passo di Tanamea j’ai presque envie de dire « enfin » la route que je ne quitterai plus jusqu'à la fin de la journée. A Uccea dans son jardin une jolie italienne installée dans un transat prend un brin de soleil, l’excuse est toute trouvée... « Je peux vous prendre un peu d’eau ? ». Nous discutons sur l’itinéraire à emprunter pour rallier Risutta. La route du col a été emportée par des éboulis mais je dois pouvoir passer. J’avale le dernier col qui me reste et dégringole sur ma destination. J’y trouve un hôtel au bord de la « Statale » (la nationale). J’engloutis un demi-poulet grillé au feu de bois et un pichet de Tokaï avant rejoindre ma chambre. Mardi 8 août. Encore une idée folle, suivre l’itinéraire de la Via Alpina… A Moggio Udinese je quitte la route et je pousse sur un sentier de grande randonnée pour me faire le Monte Sernio. A un petit col je trouve un village à moitié abandonné Mogessa di Qua, deux jeunes y ont racheté une vielle maison et y passent leurs étés. Ils semblent connaître parfaitement la région et me déconseille de tenter l’ascension car l’hiver à rendu le sentier difficilement praticable a pieds, je n’aurai pas le loisir de vérifier car l’orage commence déjà à gronder. C’est bien la première fois que je suis les conseils des indigènes surement à cause de la fatigue accumulée par les longues heures de portage des derniers jours. La boucle que je fais est néanmoins très agréable, et cette fois ci mon vélo me porte. Je reviens sur Moggio et continu un peu sur Tolmezzo. Mercredi 9 août. Le B&B est une bonne formule, le p’tit déj y est copieux et le contact avec le propriétaire très enrichissant. J’ai appris que l’on cultivait ici des kiwis, culture facilitée par le climat particulier de la région, entre mer et montagne. Ma journée comme d’hab commence par une montée. Je m’élance de Tolmezzo perché à 323 mètres d’altitude pour atteindre le Zoncolan à 1740 mètres le tout sous la pluie et sur route. Les trois derniers kilomètres avant d’atteindre le sommet sont à 19% mais la pluie a cessée. A Ovaro une trattoria m’y attend avec un plat fumant de tagliatelle aux champignons, de quoi me donner la force de poursuivre. Ovaro 525 mètres, Villa Santina 363 mètres, Ampezzo 560 mètres et le Passo del Pura 1428 mètres. Avec plus de 2000 mètre positif dans les jambes, je manque de m’écrouler sur la première marche du refuge de Tita Piaz, mes jambes tournes mais ne me portent plus. La jeune fille qui tient le refuge me regarde en souriant, un sourire moqueur je crois bien, « ma chè genere di ciclista sei ? » si tu ne peux même pas grimper jusqu’ici… je me grimperai bien la petite impertinente. Jeudi 10 août. La neige est tombée durant la nuit et il pleut à notre altitude. Mes chaussures sont encore trempées de la veille, mais la balade qui me descend au lac de Sauris (prononcé Saouris) et la montée a la Sella di Razzo se fait sous la neige et sur un chemin forestier idéal pour les vététistes. La dégringolade sur Lozzo di Cadore se fait elle sous une pluie battante. A Lozzo il y a une gare et ils annoncent la pluie pour les 4 jours à venir. Je prends donc la direction de Gets pour y retrouver JP et j’espère le beau temps. |