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Page 11 sur 11 Mercredi 19 avril – Jour 10 : Remise en route
La ville, c’est dramatique. Elle vous offre une soirée décontractée, une nuit reposante dans un hôtel confortable, quelques terrasses bien agréables, bref la sensation de vous reposer, quelque chose comme une grosse baisse de tension, la première depuis 10 jours de vélo. Après ça le redémarrage, c’est catastrophiquement laborieux. Un conseil : il faut éviter les villes à tout prix. Après un réveil tranquille et un petit déjeuner dans le « jardin » de notre charmant hôtel, complètement bétonné, coincé entre quatre murs de six mètres de haut, passage au centre ville pour boire un jus d’orange, récupérer la selle réparée (au poil ça a l’air solide malgré les railleries pessimistes de certains), passer au cyber, boire un kawa, avec des pâtisseries, réessayer le jus d’orange à la terrasse d’à côté, puis finalement partir vers la porte de la ville pour s’enquérir d’un minibus qui nous sorte de ce guêpier urbain et nous remonte un petit peu plus loin dans la montagne. Le décollage a lieu à midi, le minibus grimpe pendant une heure sur du goudron – quelle horreur le goudron – et nous dépose au terminus près d’Alemsa, dix kilomètres avant le col. C’est là qu’il faut remonter en selle, la journée peut commencer… sur du bitume malheureusement. La route grimpe fort, en lacets. Nous avons tous les trois l’impression que nos roues collent littéralement à la route et que les vélos pèsent trente kilos chacun. Un soleil intense nous fait monter en température, les mousses des casques se gorgent de sueur et ça ruisselle…Une heure plus tard, le col. Et le choix entre la route et deux autres trois pistes qui partent à droite, tout cela nous laisse perplexe, la carte n’est plus à jour. Après un conseil de guerre et quelques biscuits de choc, décision, action, c’est parti pour la descente. Dix minutes après on se rend compte que les pistes se rejoignent, bonne blague. Nous enchaînons une suite de villages très pittoresques, flanqués à la base de djebels modestes, couverts de végétation, moult arbustes, figuiers, chênes, pins, du blé par ci par là, des petits murets en pierres sèches, le tout sur une terre très rouge encore. En contrebas, la rivière Tessaout coule tranquille dans la direction du barrage Moulay Youssef qu’elle alimente. 
Finalement, le soleil décline vite, et nous nous retrouvons en bas d’un petit col, 500+ à grimper. Olivier fait sa mijaurée pendant deux minutes en hésitant à dormir là, devant le regard étonné des enfants qui traînent dans les rues du hameau, et puis se laisse convaincre par l’appel des lacets. La montée est agréable, des virages bien raides où il faut mettre un peu la gomme pour ne pas rester scotchés, un petit faux col aux deux tiers de la grimpette, avec un petit plat verdoyant, un vrai boulot de paysagiste. Et puis après encore quelques lacets, le col, où la piste étroite passe entre deux blocs rocheux de trois mètres de haut. Là-bas au fond, barrage en vue. Voilà qui nous motive pour enchaîner sans tarder, c’est parti pour la redescente, agréable et rapide, genre piste rouge poussiéreuse. 18h47, nous passons à Sourn, petit village dans un creux. La nuit va tomber dans cinq minutes, après une minuscule hésitation, nous posons pied à terre pour demander le gîte pour la nuit. On ne voit que des enfants, qui bien sûr ne comprennent rien et se marrent, un peu intimidés. Enfin apparaît un adulte, derrière un muret à trente mètres. De loin, il nous jauge, puis nous fait signe de monter vers lui. Après échange de quelques mots en arabe, il nous plante là cinq minutes, le temps de préparer la grande salle des invités. La maison de notre hôte est différente de celles que nous avions vues jusque là, les murs sont très épais, en pierre noire taillée, et peints à l’intérieur. Ce n’est pas luxueux, mais on devine un peu moins de dénuement que dans nos précédentes haltes chez l’habitant. Lavage de mains traditionnel, discussion un peu difficile mais notre hôte au chapeau de paille gère bien le langage des mains. Dîner copieux par morceaux, pain chaud, fromage et huile d’olive citronnée, tajine de chèvre aux olives – la viande est tendre cette fois, c’est délicieux. Nous piquons tous du nez pendant le repas, essayant de se relayer pour maintenir la conversation avec notre hôte, mais c’est plus fort que nous. Jeudi 20 avril – Jour 10 : petite fin
Réveil matinal, notre hôte nous sort de la torpeur à 6h30 avec un petit déjeuner adéquat, agrémenté d’un genre de pudding au lait local, parfait ! Du coup nous sommes sur les vélos à 8h30, alors qu’il ne nous reste plus que quelques kilomètres pour arriver au barrage. La dernière descente est agréable, du blé haut partout, et sur la piste des femmes qui montent travailler dans les champs. 
Ça sent la fin, le barrage est là. Après une petite pause café au bar, nous entassons les vélos sur le toit d’un taxi collectif, direction Attawiya, où il nous faudra trouver un autre moyen de rallier Marrakech. Pas question de faire les 50 kilomètres de route qui nous séparent de l’arrivée en vélo, les routes marocaines sont trop dangereuses et ce ne serait pas une partie de plaisir… Après un peu de marchandage inefficace avec des poids lourds qui veulent 100 dirhams pour faire le trajet (pour couvrir les besoins de bakchich en cas de contrôle vu que ce serait illégal), nous prenons le bus qui trace direct vers Marrakech, pour huit dirhams par personne, vélo compris. Et le bus, c’est le moyen de transport le plus sûr, à 100 km/h sur la route, tout le monde s’écarte pour le laisser passer. Adieu les montagnes, Marrakech nous revoilà !
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