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Page 4 sur 11 Mercredi 12 avril – Jour 3 : Oued Attach Raid Adventure Petit progrès au réveil ce matin, nous décollons une heure plus tôt que la veille, à 10h donc, en reprenant la route goudronnée qui trace vers le Sud, à l’assaut des montagnes vers le plateau d’Imlichil et jusqu’aux gorges du Todra et du Dadès de l’autre côté de l’Atlas. Au programme d’aujourd’hui, une grosse étape encore : il est prévu de rallier Imlichil, pas par la route bien sûr, mais par les gorges de l’Oued Attach, tracé prometteur qui est censé regorger de paysages somptueux et de pistes affriolantes. La remise en route est douloureuse, Olivier caracole en tête tandis que Mike et moi maudissons pêle-mêle le goudron qui nous donne l’impression d’avancer à deux à l’heure, la selle qui a du durcir dans la nuit, et l’acide lactique de la veille qui traîne encore dans nos cuisses. Tout occupés à dépasser ce stade difficile de la remise en route, nous ratons l’embranchement de la route de Bou Tferda à droite et continuons la grimpette en direction d’Imlichil. Quelques kilomètres plus loin, un petit coup d’œil au GPS permet de se rendre compte de l’erreur et nous récupérons uns piste qui semble nous ramener dans la bonne direction pour récupérer l’itinéraire prévu. Le détour nous permet de passer par le village d’Er Chekert, petit bijou fort pittoresque flanqué sur une colline aride, au bord d’un oued frais et peinard qui autorise un peu de verdure au fond du vallon. Finalement, on retrouve la route asphaltée de Bou Tferda, que l’on suit pendant une dizaine de kilomètres, avant d’embrayer sur une piste à gauche, au panneau signalant que nous entrons dans la réserve de pêche de l’oued Attach, laquelle est amodiée par une association locale. Comme on s’est demandé pendant tout le voyage ce que « amodié » voulait dire, j’ai cherché, et je vous fais part du résultat pour que vous appreniez au moins quelque chose en lisant ces lignes : ici c’est un synonyme d’ « affermer », autrement dit donner un droit d’exploitation exclusif contre redevance périodique… Fin du quart d’heure culture, je reviens à nos pérégrinations. La piste poursuit l’ascension, une dizaine de kilomètres dans des vallons étroits de toute beauté, une ferme par ci par là, une forêt de chênes, quelques cultures de subsistance probablement. Nouvelle alarme GPS lors de la pause suivante, il semble qu’on s’écarte pas mal du tracé, mauvais cap depuis 5 ou 6 kilomètres… bizarre nous n’avons croisé aucun embranchement jusque là. Allez on ne va pas faire demi-tour quand même, et descendre en 2 minutes la montée de trois quart d’heure qu’on vient juste de faire ! Du coup on tente l’azimut transversal, il y a comme un petit coteau boisé à notre droite, la bonne piste sera sûrement juste derrière… nous attaquons la petit montée escarpée, vélo sur l’épaule, avec cet espoir naïf. Arrivés en haut, nous ne distinguons aucune piste à l’horizon, que des champs labourés, des ravines asséchés et des bouts de forêts éparses. Le cap est clair, il n’y a pas trop de questions à se poser. Nous traversons tout ça, tantôt sur la selle le long de petits bouts de sentiers muletiers entre deux rangées de caillasses, tantôt à côté du vélo pour gravir une forêt en pente forte. En haut du second coteau, plus élevé que le premier, pause ravitaillement, actualisation GPS de nos errements, on ne devrait plus être très loin, tout va bien, il fait un temps splendide, un poil trop chaud peut-être et le cadre est fabuleux !  Prenant la tangente sur l’arête pour ne pas redescendre ce qu’on vient de monter, on finit par la retrouver cette piste, couleur ocre, un peu sablonneuse par endroits. Serpentant en montée dans la forêt de chênes, elle nous emmène jusqu’à un petit plateau charmant qui surplombe l’impressionnant canyon creusé par l’oued Attach. De là nous rejoignons en pente douce le gué de l’oued, en amont du canyon. Une piste repart dans la montagne en face, c’est celle qui rejoint Anergui et qui plus fréquentée, que nous rallierons plus tard après une grande boucle par Imlichil et la piste des cols. Notre itinéraire à nous est censé prendre la piste qui remonte l’oued au fond des gorges. La veille, le chef administratif de Tizi-n-Isly, apprenant que nous voulions passer par là, nous l’avait formellement déconseillé, nous disant que ce n’était pas possible en cette saison pour cause de gros débit d’eau. Une fois sur place, rien de dramatique, mais quand même ça pousse au milieu du gué de 5-6 mètres de large et il faut se cramponner sur ses deux guibolles pour ne pas se laisser déséquilibrer avec le vélo sur le dos. Ce que nous ne savons pas encore, c’est le nombre de traversées qui nous attendent, la largeur et la longueur des gorges. Au deuxième passage, Mike est déséquilibré, se blesse le genou dans l’eau et peste contre le courant. Ce n’est pas fini, il faudra une bonne dizaine de traversées avant de sortir vraiment du cours de l’oued. Quelques kilomètres en trois heures, ce n’est comme ça qu’on va remplir notre quota de kilomètres !  A la sortie des gorges on profite des chemins muletiers pour avoir moins de franchissements à faire, traversant des petits coins de paradis, au bord de l’oued, quelques jeunes peupliers dont les feuilles bicolores s’agitent au courant d’air, trois parcelles cultivées et à peine plus d’arbres fruitiers en fleurs, une ferme en pisé et sa petite basse cour. Un berbère sympathique fait un bout de chemin avec nous, veut nous indiquer le meilleur endroit pour traverser le cours d’eau, ou se propose de porter un vélo quand le chemin est accidenté. La gentillesse du gars, la beauté de ce coin perdu et les premiers signes de fatigue nous font hésiter à s’arrêter là pour la nuit. Finalement, ayant encore plus d’une heure de jour devant nous, nous continuons jusqu’au prochain village en vue au loin, perché sur un petit monticule au dessus du lit de l’oued. A notre arrivée dans le village, une petite foule d’adolescents interrompt sa partie de foot pour nous serrer de près et nous assaillir de questions. Fatigués, nous avons un peu de mal à savourer l’accueil et après un bref échange entre nous, nous préférons fuir l’attroupement et continuer un peu la route, qui quitte la vallée pour monter progressivement à l’assaut du col qui nous sépare de la route d’Imlichil. Le jour baisse, alors quand, un ou deux kilomètres plus loin, un berbère à l’air bien sympathique, accroupi au bord du chemin, nous propose du tac au tac, après deux mots d’échange en arabe, de nous arrêter chez lui pour dîner et dormir, nous acceptons en chœur. Sa maison est située un peu plus loin, en contrebas de la piste au bord d’un ruisseau sans prétention. Même dilué dans la lumière pâle du soir, le paysage de montagnes pelées est extraordinaire, la maison fait face, au loin, à une imposante barre montagneuse qui dépasse les 3000. 
Saïd, père de trois enfants, nous installe dans la pièce réservée aux visiteurs, habillée de tapis berbères, gros coussins et tas de couvertures. Après le traditionnel lavage de main, premier signe de l’accueil chaleureux de ces montagnards, notre hôte nous propose un thé à la menthe et du lait frais à la cannelle, succulent, avec un pain maison bienvenu. Nous échangeons quelques mots, un peu d’arabe, un peu de français pas très efficace, et le reste avec les mains… Olivier fait son disparaître un mouchoir sous les yeux ébahis des enfants, qui nous écoutent à distance. On ne sait pas trop si pendant ce temps, la maîtresse de maison que nous n’avons pas encore vue s’est vite mise au fourneau pour nous préparer le dîner, si le dîner s’arrête là, on pourrait presque s’endormir dans l’instant… Mais bientôt c’est un tajine fumant, une montagne de patates parsemée de coriandre fraîche, sous lesquelles on découvre aussi des carottes et des morceaux de chèvre. L’ensemble est excellent, mis à part la chèvre, qui devait avoir dépassé l’âge limite de consommation, la viande est incroyablement élastique, Mike en a des haut-le-cœur et s’abstient, Olivier et moi tâchons de faire bonne figure. Comblés par ce dîner et amusés par la sensiblerie alimentaire du camarade, nous nous enfonçons dans le sommeil comme dans du beurre fondu, bien au chaud autour du poêle à bois qui s’éteint doucement. Environ 50 kms finalement, mais avec du portage en forêt et du franchissement aquatique, encore une étape un chouilla fatigante...
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