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De Midelt à Marrakech, toute l'histoire
Ecrit par Renaud   
25-05-2006

Mercredi 12 avril – Jour 3 :  Oued Attach Raid Adventure

Petit progrès au réveil ce matin, nous décollons une heure plus tôt que la veille, à 10h donc, en reprenant la route goudronnée qui trace vers le Sud, à l’assaut des montagnes vers le plateau d’Imlichil et jusqu’aux gorges du Todra et du Dadès de l’autre côté de l’Atlas. Au programme d’aujourd’hui, une grosse étape encore : il est prévu de rallier Imlichil, pas par la route bien sûr, mais par les gorges de l’Oued Attach, tracé prometteur qui est censé regorger de paysages somptueux et de pistes affriolantes. La remise en route est douloureuse, Olivier caracole en tête tandis que Mike et moi maudissons pêle-mêle le goudron qui nous donne l’impression d’avancer à deux à l’heure, la selle qui a du durcir dans la nuit, et l’acide lactique de la veille qui traîne encore dans nos cuisses. Tout occupés à dépasser ce stade difficile de la remise en route, nous ratons l’embranchement de la route de Bou Tferda à droite et continuons la grimpette en direction d’Imlichil. Quelques kilomètres plus loin, un petit coup d’œil au GPS permet de se rendre compte de l’erreur et nous récupérons uns piste qui semble nous ramener dans la bonne direction pour récupérer l’itinéraire prévu. Le détour nous permet de passer par le village d’Er Chekert, petit bijou fort pittoresque flanqué sur une colline aride, au bord d’un oued frais et peinard qui autorise un peu de verdure au fond du vallon. Finalement, on retrouve la route asphaltée de Bou Tferda, que l’on suit pendant une dizaine de kilomètres, avant d’embrayer sur une piste à gauche, au panneau signalant que nous entrons dans la réserve de pêche de l’oued Attach, laquelle est amodiée par une association locale. Comme on s’est demandé pendant tout le voyage ce que « amodié » voulait dire, j’ai cherché, et je vous fais part du résultat pour que vous appreniez au moins quelque chose en lisant ces lignes : ici c’est un synonyme d’ « affermer », autrement dit donner un droit d’exploitation exclusif contre redevance périodique… Fin du quart d’heure culture, je reviens à nos pérégrinations.

La piste poursuit l’ascension, une dizaine de kilomètres dans des vallons étroits de toute beauté, une ferme par ci par là, une forêt de chênes, quelques cultures de subsistance probablement. Nouvelle alarme GPS lors de la pause suivante, il semble qu’on s’écarte pas mal du tracé, mauvais cap depuis 5 ou 6 kilomètres… bizarre nous n’avons croisé aucun embranchement jusque là. Allez on ne va pas faire demi-tour quand même, et descendre en 2 minutes la montée de trois quart d’heure qu’on vient juste de faire ! Du coup on tente l’azimut transversal, il y a comme un petit coteau boisé à notre droite, la bonne piste sera sûrement juste derrière… nous attaquons la petit montée escarpée, vélo sur l’épaule, avec cet espoir naïf. Arrivés en haut, nous ne distinguons aucune piste à l’horizon, que des champs labourés, des ravines asséchés et des bouts de forêts éparses. Le cap est clair, il n’y a pas trop de questions à se poser. Nous traversons tout ça, tantôt sur la selle le long de petits bouts de sentiers muletiers entre deux rangées de caillasses, tantôt à côté du vélo pour gravir une forêt en pente forte. En haut du second coteau, plus élevé que le premier, pause ravitaillement, actualisation GPS de nos errements, on ne devrait plus être très loin, tout va bien, il fait un temps splendide, un poil trop chaud peut-être et le cadre est fabuleux !

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Prenant la tangente sur l’arête pour ne pas redescendre ce qu’on vient de monter, on finit par la retrouver cette piste, couleur ocre, un peu sablonneuse par endroits. Serpentant en montée dans la forêt de chênes, elle nous emmène jusqu’à un petit plateau charmant qui surplombe l’impressionnant canyon creusé par l’oued Attach. De là nous rejoignons en pente douce le gué de l’oued, en amont du canyon. Une piste repart dans la montagne en face, c’est celle qui rejoint Anergui et qui plus fréquentée, que nous rallierons plus tard après une grande boucle par Imlichil et la piste des cols. Notre itinéraire à nous est censé prendre la piste qui remonte l’oued au fond des gorges. La veille, le chef administratif de Tizi-n-Isly, apprenant que nous voulions passer par là, nous l’avait formellement déconseillé, nous disant que ce n’était pas possible en cette saison pour cause de gros débit d’eau. Une fois sur place, rien de dramatique, mais quand même ça pousse au milieu du gué de 5-6 mètres de large et il faut se cramponner sur ses deux guibolles pour ne pas se laisser déséquilibrer avec le vélo sur le dos. Ce que nous ne savons pas encore, c’est le nombre de traversées qui nous attendent, la largeur et la longueur des gorges. Au deuxième passage, Mike est déséquilibré, se blesse le genou dans l’eau et peste contre le courant. Ce n’est pas fini, il faudra une bonne dizaine de traversées avant de sortir vraiment du cours de l’oued. Quelques kilomètres en trois heures, ce n’est comme ça qu’on va remplir notre quota de kilomètres !

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A la sortie des gorges on profite des chemins muletiers pour avoir moins de franchissements à faire, traversant des petits coins de paradis, au bord de l’oued, quelques jeunes peupliers dont les feuilles bicolores s’agitent au courant d’air, trois parcelles cultivées et à peine plus d’arbres fruitiers en fleurs, une ferme en pisé et sa petite basse cour. Un berbère sympathique fait un bout de chemin avec nous, veut nous indiquer le meilleur endroit pour traverser le cours d’eau, ou se propose de porter un vélo quand le chemin est accidenté. La gentillesse du gars, la beauté de ce coin perdu et les premiers signes de fatigue nous font hésiter à s’arrêter là pour la nuit. Finalement, ayant encore plus d’une heure de jour devant nous, nous continuons jusqu’au prochain village en vue au loin, perché sur un petit monticule au dessus du lit de l’oued.

A notre arrivée dans le village, une petite foule d’adolescents interrompt sa partie de foot pour nous serrer de près et nous assaillir de questions. Fatigués, nous avons un peu de mal à savourer l’accueil et après un bref échange entre nous, nous préférons fuir l’attroupement et continuer un peu la route, qui quitte la vallée pour monter progressivement à l’assaut du col qui nous sépare de la route d’Imlichil. Le jour baisse, alors quand, un ou deux kilomètres plus loin, un berbère à l’air bien sympathique, accroupi au bord du chemin, nous propose du tac au tac, après deux mots d’échange en arabe, de nous arrêter chez lui pour dîner et dormir, nous acceptons en chœur. Sa maison est située un peu plus loin, en contrebas de la piste au bord d’un ruisseau sans prétention. Même dilué dans la lumière pâle du soir, le paysage de montagnes pelées est extraordinaire, la maison fait face, au loin, à une imposante barre montagneuse qui dépasse les 3000.

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Saïd, père de trois enfants, nous installe dans la pièce réservée aux visiteurs, habillée de tapis berbères, gros coussins et tas de couvertures. Après le traditionnel lavage de main, premier signe de l’accueil chaleureux de ces montagnards, notre hôte nous propose un thé à la menthe et du lait frais à la cannelle, succulent, avec un pain maison bienvenu. Nous échangeons quelques mots, un peu d’arabe, un peu de français pas très efficace, et le reste avec les mains… Olivier fait son disparaître un mouchoir sous les yeux ébahis des enfants, qui nous écoutent à distance. On ne sait pas trop si pendant ce temps, la maîtresse de maison que nous n’avons pas encore vue s’est vite mise au fourneau pour nous préparer le dîner, si le dîner s’arrête là, on pourrait presque s’endormir dans l’instant… Mais bientôt c’est un tajine fumant, une montagne de patates parsemée de coriandre fraîche, sous lesquelles on découvre aussi des carottes et des morceaux de chèvre. L’ensemble est excellent, mis à part la chèvre, qui devait avoir dépassé l’âge limite de consommation, la viande est incroyablement élastique, Mike en a des haut-le-cœur et s’abstient, Olivier et moi tâchons de faire bonne figure. Comblés par ce dîner et amusés par la sensiblerie alimentaire du camarade, nous nous enfonçons dans le sommeil comme dans du beurre fondu, bien au chaud autour du poêle à bois qui s’éteint doucement. Environ 50 kms finalement, mais avec du portage en forêt et du franchissement aquatique, encore une étape un chouilla fatigante...



Dernière mise à jour : ( 18-08-2006 )
 
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Commentaires
très content que vous vous soyez régalés. On attend avec impatience ton récit et vos photos en été ça doit être quelque chose.... Bravo!
Posté par Olivier le 13-08-2006 à 12:29

Salut, c'est moi qui ai demandé des renseignements à Olivier il y a un mois. On vient de rentrer de notre traversée de l'Atlas; c'était géant ! Merci encore de l'aide que vous nous avez apportée, des détails pratiques, etc... Je sui bien content d'avoir acheté un GPS et d'avoir appris à m'en servir, il nous a vraiment aidé plus d'une fois ! On a suivi exactement vos traces jussqu'à imi'n Ouaqua; après on a tiré vers le Sud pour remonter la Tessaout, passer le col tizi n' Oulaoun et descendre vers Skoura puis Quala Mgouna où Patricia a des amis marocains (des guides qu'elle a rencontrés lors de précédents voyages au Maroc). On était que tous les deux et nous avons nous aussi largement profité de l'hospitalté berbère ! Nous avions choisis de partir plus lourds (Patricia n'aime pas les sacs à dos en VTT !) avec des sacoches. Du coup le rythme était plus lent que vous (d'ailleurs, chapeau, même sans sacoches, vous avancez fort !); il faut dire aussi qu'on a un peu souffert de la chaleur (impossible de rouler entre 14 et 16 h) et on a eu quelques orages qui nous ont ralentis. Des orages récents (15 jours avant notre passage) ont détruits des pistes (entre Batli et Anergui et dans les gorges de l'Assif Melloul, et entre la Cathédrale et Talmest, très impressionnant, il y a eu pas mal de poussage !) Bref ce fut physique... Voila nos étapes: Midelt-maison forestière (15 km avant Tounfite)
Maison forestière - Assaka
Assaka - Bou Tfierda (avec visite à pied des gorges d'Assaka, génial).
Bou Tfierda- Taghzout :visite des greniers d'Aoujgal, erreur d'itinéraire avant l'Oued Attach, j'aurais du allumer le GPS !, remonter mémorable de l'Oued Attach; en crue ça devait être quelquechose...
Taghzout -Imilchil :tranquille, baignade au lac, nuit à l'hotel 'Avenir' très sympa.
Imilchil-village paumé vers 2600 entre 2 cols: très dur, piste sableuse, les roues s'enfoncent, vraiment physique, plus d'eau, on cherche refuge sous une tente où les gars m'indiquent une source qui coule, ouf !
Village paumé - Anergui: descente d'enfer (beaucoup de poussage !), remontée au dessus de Batli infernale (chaleur, piste défoncée grave); nuit au gite d'Anergui super réconfortante.
Anergui- Talmest: magnifique, on arrive de nuit à Talmest où on a compris ce que c'est que l'hospitalité...
Talmest- Ifrane (Aît Bougmez): superbe et encore une nuit dans un gite superbe dans un village lui aussi superbe.
Ifrane-Assamar (au dessus d'Abachkou) chez un ami au patron du gite d'Ifrane, avec un papier avec une adresse écrite en arabe, un gars nous y amène, c'est la plus belle maison (3 étages) de ce magnifique village. Accueil grandiose.
Assamar- Tissinest (sur le parcours F7 du Gandini) un coin magnifique aux sentiers spécial vtt (même avec des sacoches !)
Tissinest - Magdaz (vallée de la Tessaout) étape et village extraordinaire, un des plus beaux de l'Atlas parait-il.
Magdaz-Toundoute (par la Ttessaout et le Tizi'n Oulaoun): beaucoup d'eau dans la Tessaout, en Avril ça devait être terrible.... et Toundoute Skoura puis Quala M'gouna en camion et taxi.
On a beaucoup dormi chez l'habitant (des moments extraordinaires) et 4 nuits en gites (un peu plus reposant quand même et y'a des douches...).
Un voyage extraordinaire ! Je vais écrire un texte là-dessus, je vous l'enverrai si ça vous intéresse. Le votre est chouette (je viens de voir qu'il était fini !)
Merci encore pour l'idée, et chapeau pour votre performance, faire ça en 10 jours, c'est fort !
François.
Posté par François Goyon le 06-08-2006 à 9:35

Qu'une chose à  dire "Bravo".

Rodolphe
Posté par Rodolphe le 24-04-2006 à 20:57

Ne nous parle pas de cul Bouiboui! On en peut plus!
Rien que là, le derrière posé sur mon fauteuil empire, je cherche le changement de vitesse pour réduire le braquet.
Mais si tu veux des photos, on a des photos. Mais attention ce n'est pas joli à voir. Je plante le décor: deuxième partie de journée (imagine l'état de fraicheur. tu as vu le marché aux poissons de Marrakech ? Non ! C'est pire), deuxième application de vaseline pour limiter les frottements, Mike, encore lui, est photographié de dos juste avant d'attaquer la traversée de l'oued Attach.

Nota : Perso je ne vois pas trop l'utilité d'une deuxième application pour une traversée A PIEDS d'un oued en crue.

Posté par Olivier le 23-04-2006 à 18:26

Ca manque de gonzesses et de cul vos photos... A quand une semaine de trek à Amsterdam....
Posté par BouiBoui le 23-04-2006 à 12:49

salut les djeunssssss,
super les fotos, j'en ai de jolies aussi de timimoun sud ouest de l'algerie, prises du haut de mon dromadaire. j'ai les infos pour votre prochaine escapade dans le desert algérien.
grosses bises
ch d
Posté par Christiane D. le 22-04-2006 à 13:16

Y a pas à  dire ils sont bô ces hommes, qui, dégoulinant de sueur et de boue chevauchent les montagnes.
Sur leur destrier huilés à la mécanique toujours parfaite ils arpentent fièrement les contrées hostiles, luttant contre dragons et vents....
La princesse que je suis (faut bien rêver!) se languit de leur retour: quels cadeaux vont ils ramener?
Babouches cousues de fil d'or, semoule parfumée à la fleur d'oranger....
A trés bientôt mes héros !




Posté par Elise "princesse des purées compotes" le 22-04-2006 à 11:57

Hello les beaux gosses !
Purée, ca fait plaisir d'avoir de vos nouvelles par ce site.
C'est super, vous avez l'air de vous eclater.
Promettez nous une bonne scéance photo quand vous les aurez trier.
Ici les beaux jours sont revenus, soleil et températures sont de nouveau au programme.
Ce soir, dépendaison de crémaillère chez Antoine.

Sinon, le pere Devouge vous en fait pas trop voir ??
;)
Enormes bisous a tous les trois et a bientot !
Marika

PS : une petite pensée pour moi dans le désert, terre de mes ancetres.
Posté par Marika aka Cat le 21-04-2006 à 17:55

Hello les gros!

Ca fait plaisir de voir que vous etes rentrés en bon etat et ravis de votre periple. :)
Les photos donnent envie de voir la suite.
Oliv' tu nous organises une seance photo chez toi bientot ?

Nico aka Cali (ouaip, yen a trop des Nico...)
Posté par Nicolas le 21-04-2006 à 13:48

Je reve que vous nous concoctiez des votre retour, par esprit de corps sudiste, une selle sans tape-cul digne d'un mexicain sur sa mule ou d'un Maharadjah sur le dais de son elephant...ce qui n'empeche pas le port du cycliste bordé de langes style bébé-gateux !
Revons, revons mais quel kif l'inconscience quand meme,
Bravo, la bravoure !

Sergio, l'autre oncle
Posté par Sergio le 21-04-2006 à 12:54


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