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Mardi 18 avril – Jour 9 : Fourre-tout Après avoir décimé le stock de victuailles de Mohamed, qui finit par s’avouer vaincu et nous dire qu’il n’y a plus rien à engloutir ce matin, lente remise en route pour le col du Tirghlist, un (fameux ?) col aux gravures rupestres… ça commence mal parce que nous prenons deux chemins différents, chacun étant persuadé, du haut de son amour propre, que son intuition est la bonne. Olivier gagne la partie (bon tricheur, c’est lui qui a le GPS), parade sur le bord du chemin en attendant Renaud et Mike qui remontent en poussant les vélos, à la suite d’un paysan prévenant qui nous indique le meilleur moyen de rallier la piste principale. Quelques centaines de mètres après, nous perdons à nouveau le tracé de la piste au cœur d’un village. Un peu de portage, un peu de single track improvisé sur des bouts de sentier à mule, finalement rien de bien désagréable, au contraire. Nous finissons par récupérer la piste, plus haut sur un plateau intermédiaire. Là il ne s’agit plus d’un chemin caillouteux, mais d’une longue montée en escalier, à la fois technique et physique à grimper. A priori c’est le tronçon que nos compatriotes français jugeaient complètement HS pour une jeep. Pourtant un 4x4 pourrait s’offrir une belle session de franchissement ici… Accueil au col par un vent frais, parfait, on aime ça. Petit détour culturel (qui a dit que c’était un voyage bourrin ?) sur l’enclos des gravures rupestres. Heureusement qu’on nous prévient qu’elles sont rupestres, parce qu’on aurait pu croire, dans notre scandaleuse ignorance des arts premiers, que c’était là le passe temps d’un berger local pendant la transhumance estivale…   Nous dégringolons de l’autre côté, auto-satisfaits de nos plaisanteries à deux dihrams sur les talents cachés de nos lointains ancêtres. La terre a viré au rouge sang, et les villages en pisé aussi. Le vert flamboyant des cultures créé un contraste encore plus saisissant avec cette hémoglobine terrestre. Dans les villages des maisons à plusieurs étages, des immeubles, tout en pisé. Le passage de Tabat-n-Tirssal se fait au milieu d’une ribambelle d’enfants, sous le regard amusé des adultes qui traînent dans le village et qui nous indiquent avec bienveillance la direction à suivre. Dès la sortie du village, nous dévallons quelques beaux lacets qui nous séparent encore de l’Assif n’Zawyat. Passage de gué à Imi-n-Ouaqqa, après le resserrement des falaises autour du chemin, puis la piste longe un moment le cours du ruisseau, en traversant une suite de villages pittoresques et tranquilles. Repoussant maintes fois au hameau suivant le moment de la pause casse-croûte (sans véritable espoir de faire bombance, nos victuailles sont à sec, et guère d’épicerie à l’horizon depuis un moment, on partagera juste la dernière tranche de pain….), nous finissons par poser le pied à terre dans un souk de campagne… fermé. Toutes les petites boutiques sont closes, le marché doit s’animer un autre jour de la semaine. Heureusement, là-bas, derrière au fond à droite, la dernière échoppe, minuscule, est ouverte et trois types nonchalants taillent une bavette devant la porte. Juste ce qu’il fallait pour garnir nos estomacs creusés : sandwich thon tomate, bonbons haribo locaux, des glucides, des glucides !!! L’après-midi avance et le GPS nous rappelle à l'ordre, il faut repartir, en traînant sa digestion derrière soi. Qui a eu l’idée de s’arrêter au pied d’une montée ?... erreur de débutant, c’est reparti pour 400 m de grimpette. Le col drague les 2000m, couvert d’une belle pelouse naturelle, et habité par quelques vieux oliviers raisonnables, qui jouissent sans discontinuer d’une vue splendide sur les collines vertes et rouges. Nous ne traînons pas, l’heure tourne, mais c'est noté pour la prochaine fois, voilà un lieu de bivouac charmant. La piste dévale, pente douce mais rapide. Très rapide. Les roues dans les grosses ornières de part et d’autre de la piste, la course peut commencer. Enfin, non, pas tout de suite. Un gros camion Bedford nous barre la route. Freinage d’urgence sur la roue avant (bon là d'accord, j'enjolive un peu). Le poids lourd est immobilisé. Une quinzaine de bonhommes s’affairent autour du mastodonte, charrient de grosses caillasses sur le côté. Derrière, un embryon de bouchon compte déjà trois véhicules, surchargés, et l’assemblée des passagers en attente palabre sur les côtés de la route. L’occasion d’une halte discussion, donc, pour nous aussi, avec un groupe de jeunes instituteurs qui remontent de Demnate, pour rejoindre leurs écoles de campagne respectives. En peu de mots, ils nous expliquent que le métier n’est pas facile, avec un grand programme national de scolarisation des campagnes qui a le mérite d’exister mais fait un peu à la hache et avec des méthodes pédagogiques catastropiques... On comprend aussi, dans la discussion, que le camion souffre d’une fracture de l’arbre de transmission, qu’il est pas prêt de repartir, et que les pierres déplacées vont servir à construire une déviation de fortune sur le bas-côté pour les autres véhicules ! Bon courage les gars, c’est pas fini… Nous reprenons notre sprint dans les ornières poussiéreuses, faisant la course avec le soleil qui décline rapidement. Une lumière somptueuse, douce, nous accompagne jusqu’au gué d’un oued sans nom. Fin du parcours intéressant pour aujourd’hui, il nous reste 15 kilomètres de route bitumée pour rallier Demnate, la seule ville étape du périple. Qu’est-ce que c’était bon, cette dégringolade. Pour fêter ça, pause céréalière, au cours de laquelle Mike souligne avec une belle innocence mais un zeste d'inquiétude quand même que sa selle bouge un poil, comme ça, regardez. Las, il suffit d’un rapide coup d’œil pour se rendre compte que la tête du tube de selle est fendillée des deux côtés, une vraie situation de crise logistique. L’intuition se confirme deux cent mètres plus loin, lorsque le tube de selle se fend pour de bon, privant Mike de l’option assise. Consternés, nous sommes sans voix. Nos cerveaux n’ont pas le temps de chauffer pour trouver une solution, qu’un beau Bedford passe sur la route que nous venons de rejoindre. Halte là, noble poids lourds, nous sollicitons ta bienveillance. Arrangement rapide avec les trois ouvriers qui sont dans la cabine du camion, et pour quelques dihrams, nous voilà motorisés non stop jusqu'à Demnate. Renaud, grand privilégié, se voit proposer une place dans la cabine et peut s'empiffrer de pralines avec ses nouveaux potes. Les deux autres n’ont droit qu’à la benne à l’arrière, pleine à ras bord de granulat trempé, tout juste extrait du lit de la rivière.   Une vingtaine de minutes plus tard, nous nous retrouvons dans la ville, à la recherche d’un mécano pour résoudre notre dramatique pépin. Tout s’enchaîne très vite. Un jeune étudiant nous aborde, nous échangeons quelques mots, il nous emmène chez un spécialiste bicyclette, celui-ci se penche sur notre cas, pendant que nous sirotons un coca. Diagnostic : revenez demain matin, ce sera réparé. Parfait, dans la foulée hôtel recommandé par notre guide improvisé bien sympathique, petit resto poulet en terrasse et nuit paisible. J’allais oublier : étape coiffeur barbier pour Olivier et Mike, les voilà comme neufs, Olivier est même un peu trop ratiboisé, si bien qu’avec ses lunettes de kéké il a l’air d’un vrai G.I. en vacances. Pas grave, on l’aime quand même.
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